« Nouveaux Centrafricains »… pas de passeport pour vous ! 5


 L’introduction du passeport biométrique en Centrafrique, comme le veut le projet de libre circulation des biens et des personnes en zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Central), pose un véritable problème pour ceux que j’appelle les « nouveaux Centrafricains ». Des personnes que la commission de délivrance des passeports considère comme des outsiders dans cette course, où même les véritables fils du pays n’en sortent pas sans égratignure. Suivez comment les noms et ou la religion déterminent si on est citoyen d’un pays ou pas.

 

Crédit image: http://radiondekeluka.org

 Le monopole du commerce Centrafricain est tenu par des étrangers, majoritairement musulmans, venus du Cameroun, du Liban, du Mali, du Sénégal, du Tchad… Des ressortissants étrangers  qui se sont installés dans le pays de Boganda il y a plusieurs décennies. Cette communauté a donné naissance à une nouvelle génération de « nouveaux Centrafricains ». Nationalité chèrement acquise par le droit à la terre de naissance.  Le pays est laïc et la cohabitation entre les différentes religions est plus ou moins bonne, quoiqu’il y ait très souvent des heurts intercommunautaires. Normal n’est-ce pas ?

Ces  dernières années,  à cause de la porosité des frontières Centrafricaines et aussi de la corruption, plusieurs ressortissants étrangers se sont faits délivrés des pièces d’identités du pays en belle et dû forme sans passer par les voies normales.

Depuis, les autorités Centrafricaines, avec l’introduction du passeport biométrique ont fait durcir les procédures d’obtention de ces précieux documents de voyage. Une commission spéciale a été mise en place. Laquelle commission est directement rattachée au Secrétariat Général d’État. Les demandeurs de passeport ayant des noms à consonance étrangères [spécialement les Ali, Aboubacar, Muhammad, … vous avez tout compris;)] passent de longues séances d’interviews afin de déceler d’éventuels imposteurs.

 Des vrais faux citoyens

 En Centrafrique, le premier indicateur de nationalité est le Sangö, une des langues nationales avec le français. Ici tout les vrais fils du pays « sangolisent » – parlent sangö -. Nombreux sont les ressortissants étrangers qui se font des pièces d’identités sur l’étal public, avec la complicité de véreux agents de la Sûreté National,  à peine qu’ils entrent dans le pays. Ces étrangers se retrouvent dans la plupart des cas bloqués par la langue ; premier indicateur comme je l’ai déjà souligné. Cette dernière situation ne les permet pas, en toute évidence, de sortir indemnes des mailles de la police Centrafricaine, lors des nombreuses contrôles de routines comme il en est le cas par ici.

 Tracasseries obligent

 Les ressortissants de la zone CEMAC sont dispensés de visa d’entrée en Centrafrique. Hormis le Tchad, autres citoyens ressortissants de la sous-région sont dans l’obligation de faire délivrer un titre de séjour après trois mois de résidence sans sortie du territoire Centrafricain. Des accords, qui comme d’habitude en Afrique, ne sont bons que sur le papier. Il suffit d’une promenade au Km5 ou au PK12 pour s’en rendre compte. Vous aurez certainement compris une leçon sur ce que c’est une arrestation arbitraire. Ces tracasseries obligent bon nombres d’étrangers en Centrafrique à s’adonner à la corruption pour se faire délivrer des « vraies fausses » pièces d’identités. Ils ne sont pas sortis de l’auberge malgré tout ça.

 Des mesures pourtant contournées…

Rendre hermétique les frontières Centrafricaines n’est pas une évidence pour les autorités du pays. Cependant, il faut à tout prix contrôler le flux migratoire. Les solutions pour lesquelles ces autorités semblent opter sont : la multiplication des check-points, là où c’est possible, à travers tout le pays et le durcissement d’obtention des pièces d’identités légales pour tous les noms à consonances étrangères. Cette dernière mesure est très facilement contourner par des hors la loi qui tiennent coûte que coûte à profiter de la défaillance Centrafricaine en matière d’administration du territoire nationale. Ali FRANCKLIN, Muhammad NAMBONA… Tels sont les nouveaux noms qu’on peut trouver en Centrafrique. Des noms Gbaya, ethnie d’origine de l’actuel Chef de l’État, qui troublent suffisamment la commission de délivrance des passeports.

 Les dommages collatéraux

 Nombreux sont les victimes du cache-cache entre « faux  centrafricains » et les forces de l’ordre. Des lésés qui ne savent à quel diable crié leurs mécontentements. Ils sont pour la plupart des Centrafricains, des véritables fils du pays nés soit de parents Centrafricains « purs sangs » mais islamisés, soit encore des bénéficiaires du sol de naissances. Les demandes de passeport émis par cette couche de citoyens relèvent très souvent d’une bagarre administrative. J’ai même fournis une photo de mon grand-père aux côtés du président BOGANDA au temps du MESAN (Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique Noire)… ils n’ont pas voulus m’entendre. Témoignent un des demandeurs. Je pense que je repartirais au Tchad où mon grand-père est originaire, continu-t-il. La plupart des demandeurs sont des étudiants et ou des fonctionnaires au service de la Centrafrique. L’alternative qu’ils trouvent le plus souvent pour entrer en possession d’un passeport et le retour vers leurs pays d’origine.

Entre la rude bataille contre les « faux citoyens » et la fuite des cerveaux, l’État Centrafricains doit choisir entre se faire frapper par le marteau ou se cogner contre l’enclume, quand on sait que le pays connaît une baisse croissante de niveau.

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Administrateur Systèmes et Réseaux, Humanitaire, Geek par moment 😉 Hobbies: #webdesign, #infographie, #communication come from #Chad #Tchad

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