Zouhoura, symbole des femmes violées au Tchad 1


Elimidougou est son pseudonyme sur Facebook, un nom qui en rappelle qu’elle est une descendante d’Ali en langue d’une ethnie locale, lequel la quasi-totalité des tchadiens ignorent d’ailleurs. Pourtant, Zouhoura Mahamat Brahim Ali n’a pas choisi l’anonymat. Victime d’un viol collectif le 08 Février dernier, elle a refusé d’être une éternelle victime en dénonçant l’injustice dont elle a été l’objet. Une injustice que connaissent des milliers de femmes tchadiennes, une injustice impunie.

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Des femmes réclamant justice pour Zouhoura. Crédit photo: TchadInfos.com

Oui, Zouhoura a croisé des animaux

Haute de ses 17ans, Zouhoura est une belle fille hamra* comme on le dit ici au Tchad. Ceux qui l’a connaissent la décrivent comme une fille gentille, innocente et souriante. Oumar, un de ses voisins dit d’elle : « C’est une vraie folle avec plein de joie de vivre… Et comme toute fille de son genre, elle est fière d’elle et ne se laisse pas faire. Sûrement c’est à cause de ces qualités qu’ils l’ont qualifiés d’Achamané** afin de justifier leurs lâches besognes ». Elève en terminale au complexe Thilam Thilam, Zouhouraa été enlevée en se rendant au Lycée par un groupe de six jeunes hommes, de 20 ans en moyenne. L’enlèvement serait orchestré avec la complicité (sous chantage) d’une de ses camarades. Ils l’ont emmené par la suite jusqu’au quartier Guinebor où ils l’ont séquestré, dénudé et violer. Pendant leur sale besogne, ils ont fait des photos et vidéos, qu’ils ont fait circuler sur les réseaux sociaux au grand dam de la pudeur de Zouhoura. Des images qui m’ont fendu le cœur au point de me demander de quelle jungle sorte ces « sous-hommes » ? Ce jour-là, Zouhoura est rentrée chez ses parents à 19h, heure locale. Ces derniers l’avaient recherché sans succès après qu’ils aient été alertés par une de ses camarades, témoins de l’enlèvement. La police a été saisie de l’affaire sans mettre la main sur les délinquants.

#TCHAD #Scandale ZOUHOURA : « VOUS DEVRIEZ ME PROTÉGER AU LIEU DE ME FAIRE CA » Ceci est un extrait d’une vidéo de…

Posté par TCHAD TODAY sur dimanche 14 février 2016

Une tache indélébile

Au Tchad, le viol est un acte à la fois tabou et répugné par la société. Contrairement aux mœurs, de nombreuses femmes tchadiennes souffrent de cette barbarie dans le silence car craignant d’être rejeté par leurs proches si jamais ils venaient à l’apprendre. Et c’est ce que Zouhoura n’a cessé de le rappeler à ses bourreaux dans la vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. « Jetez moi lorsque vous aurez fini votre besogne…, plus jamais ma famille ne voudra de moi…, s’il vous plait pour l’amour d’Allah protéger moi, ne me faîtes pas ça » disait-elle en arabe local. Et eux de répondre carrément qu’ils avaient un problème de mentalité et que si d’aventure elle avait un médecin qui pourrait les soigner, ils le voudraient bien.

 Il faut rappeler qu’au Tchad, le mariage forcé est largement répandu. Plus de 60% des femmes sont victimes du mariage précoce qui n’est autre qu’une forme légalisée du viol. Depuis l’Etat tchadien a pris des mesures qui peinent à se concrétiser. Le cas Zouhoura l’illustre si bien d’ailleurs.

Ses bourreaux étaient des fils des dignitaires proches de Déby

Des bourreaux qui visiblement ne craignaient rien, car tous fils de dignitaires proche du président Deby. Si Sallahdine Moussa Faki, le fils de l’actuel Ministère des Affaires Etrangères, était cité parmi les auteurs du crime, il sera blanchit par la victime elle-même. Mais sera de nouveau épinglé par le procureur de la République car identifié comme étant complice de l’acte. Des fils de hauts gradés de l’armée font également partie des criminels. Ainsi seront cités les fils des généraux Tidjani Miss, Bahr Issakha, Bichara et BarradineHissein. Ces jeunes ne sont pas à leur première forfaiture. « Ces enfants des dignitaires du régime draguent des jeunes filles et quand celles-ci refusent leurs avances, ils les kidnappent, les violent, les filment et publient les photos de leur forfaiture sur les réseaux sociaux, pour mieux humilier leurs victimes. En toute impunité. C’est ce qui est arrivé à la lycéenne Zouhoura, le 8 février 2016. » Commente Tchad Today.

Une amère fête de saint valentin

La portée de leur acte a ému la population tchadienne dans son ensemble, après que l’affaire ait été révélée au public, la veille de la fête de Saint-Valentin. Les activistes tchadiens se sont saisi des réseaux sociaux pour dénoncer l’acte, en réclament justice pour Zouhoura. La vidéo de la scène a fait le tour des réseaux sociaux, ce qui a eu pour effet de choquer d’avantage les tchadiens mais principalement les femmes.

On a voulu faire taire Zouhoura

Comme une trainée de poudre, la nouvelle fait le tour des causeries N’Djamenoises. Des actions sont envisagées pour Lundi 15 Février. Coup de théâtre, au lieu que Zouhoura puisse être protégée et prise psychologiquement en charge, le ministère de la sécurité publique en complicité avec son père biologique l’a font apparaître à la télévision nationale pour porter un démenti sur son viol et demander à la population de ne pas organiser la marche qu’elle a prévu le lendemain. Pour le père, admettre le viol serait une honte. Et le gouvernement à travers le ministère de la sécurité craint des « dérapages » si jamais une marche est organisée. La machination est démasquée et, téméraires, les femmes tiennent leur marche comme prévu. Une marche pacifique qui devait aller du domicile de la victime jusqu’au palais de la Justice, mais elle est dispersée avant que la foule venue nombreuse ne l’atteigne. La police tire à balle réelle sur les manifestants. Une manifestation qui coutera la vie à un jeune homme de 17ans. Il s’agit du jeune Abbachou Hassan.

Les opérateurs des téléphones mobiles ont contribué à la mise sous silence

Tard dans la journée du 14 Février, les connexions internet via les réseaux mobiles ont été interrompues. En règle générale, c’est ce qui se passe au Tchad lorsqu’il y a des soulèvements. La population n’est pas restée muette et a su créer les moyens pour pouvoir crier son ras-le-bol.

Malgré la sortie historique du Chef de l’Etat, la première sur les réseaux sociaux, condamnant un « acte ignoble », la population reste déterminée à obtenir justice pour Zouhoura et ainsi toute pour toutes les femmes tchadiennes violées dans le silence. Une marche dîtes blanche rassemblera des manifestants devant le palais de justice demain Mercredi 17 Février 2015. Attendons de voir.

 

*Hamra= brune  / **Achamané= hautain

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